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Aucun jeune ne devrait être laissé au bord du chemin à 18 ans
01 sept. 2026

Avoir 18 ans signifie devenir majeur aux yeux de la loi. Cela ne signifie pas, du jour au lendemain, être autonome, disposer de quoi vivre, savoir gérer un logement, trouver un emploi ou construire seul son avenir.
Pour les jeunes ayant connu un parcours de protection de la jeunesse, cette réalité peut prendre un tour brutal. A 18 ans, certains quittent leur lieu de vie sans diplôme, sans épargne, sans expérience professionnelle et, parfois, sans famille vers laquelle se tourner. Comment considérer qu'ils sont prêts à affronter seuls les exigences de la vie adulte ?
Les conséquences peuvent être lourdes : décrochage scolaire, isolement, conduites addictives, précarité, errance, voire sans-abrisme. Une transition qui devrait mener vers l'autonomie se transforme en rupture, dont les effets durent des années.
Le droit, ici, n'est pas muet, mais il est trop étroit. Le Code de la prévention, de l'aide à la jeunesse et de la protection de la jeunesse (décret du 18 janvier 2018) permet de prolonger l'aide au-delà de la majorité. Mais son article 35, § 4 pose trois verrous : la demande doit avoir été introduite avant dix-huit ans, l'aide ne peut consister qu'en une mesure d'accompagnement, et elle prend fin à vingt ans. Autrement dit, le jeune qui laisse passer cette échéance n'a aucun droit au retour.
Le même Code va pourtant plus loin ailleurs. Son article 51 autorise le tribunal à permettre à un jeune de plus de seize ans de se fixer dans une résidence autonome ou supervisée. Le principe d'un habitat accompagné est admis, mais il s'interrompt trop souvent quand le besoin culmine.
Les services d'Actions en Milieu Ouvert (AMO) jouent ici un rôle essentiel, au plus près des jeunes. Ces services de prévention spécifiquement agréés peuvent encore intervenir avant le vingt-deuxième anniversaire. Au-delà, le relais repose sur le droit commun et l'aide sociale de première ligne, notamment les CPAS.
Il est temps de considérer la majorité comme une étape juridique, non comme une frontière entre dépendance et autonomie. Le passage à l'âge adulte doit pouvoir être progressif et accompagné, et l'accès au logement, à la formation et à l'emploi doit s'inscrire dans un cadre de soutien éducatif et psychosocial.
Car à 18 ans, certains jeunes ont besoin d'un logement. D'autres d'un accompagnement renforcé. D'autres encore ont surtout besoin de ce que beaucoup croient acquis : un endroit où ils sont attendus, une personne à qui parler et la certitude de ne pas être seuls.
Avoir 18 ans ne devrait jamais signifier être livré à soi-même.
Première piste, structurelle : pour ces jeunes majeurs sans lieu où retourner le soir ou le week-end, les familles relais sont une piste concrète. Il ne s'agit ni de reproduire un placement ni d'instituer un accueil familial au sens du Code, réservé aux mineurs sous mandat, mais d'un engagement volontaire entre adultes, sur la base du volontariat et dans un projet individualisé, proposant un cadre familial stable : un logement, un quotidien partagé et, surtout, un point d'ancrage. L'accompagnement professionnel resterait indispensable.
Cette piste s'inspire de la résidence autonome ou supervisée que l'article 51 du Code prévoit pour certains mineurs, et du parrainage, que l'arrêté du 27 mars 2019 définit comme un accueil bénévole, ponctuel ou régulier, dont les modalités incluent l'hébergement (avec ses garanties : casier judiciaire, attestation médicale, assurance familiale). Il faudrait l'ouvrir aux jeunes majeurs sortant de placement, en y ajoutant ce qui manque pour des majeurs : indemnisation, respect de l'intimité et des choix du jeune, possibilité de prolonger l'accueil qui fonctionne.
Reste un obstacle dont dépendra le sort de la formule : un jeune hébergé chez des tiers risque d'être qualifié de cohabitant par le CPAS. Son revenu d'intégration passerait de EUR 1.340,47 à EUR 893,65 par mois, soit un tiers de moins. Il appartient au fédéral de régler cette question — un mécanisme existe déjà pour les personnes sans abri hébergées temporairement chez un proche (taux isolé si un projet individualisé d'intégration sociale est conclu), et pourrait être étendu aux jeunes sortant de protection.
Seconde piste, qui ne demande presque rien de nouveau : ce qui prend fin à vingt ans, c'est l'aide individuelle prolongée, non toute aide. C'est la continuité du parcours qui manque, davantage que les dispositifs. Cela suppose de désigner pour chaque jeune un référent de transition, en lien avec les services d'Actions en Milieu Ouvert (« AMO »), et de garantir une véritable continuité de l'accompagnement à 18 ans : où vit le jeune, de quelles ressources dispose-t-il, quelle formation suit-il, quel emploi recherche-t-il, de quel soutien a-t-il encore besoin, et surtout qui sera là pour lui demain.
Cette coordination ne dépend pas d'un seul niveau de pouvoir : l'aide à la jeunesse relève des Communautés, le revenu d'intégration et les CPAS du Fédéral, le logement, l'emploi et la formation des Régions. Le problème ne réside pas toujours dans l'absence d'aide, mais dans le nombre de portes à pousser.
Donner à un jeune le temps de devenir autonome, ce n'est pas l'installer dans l'assistance. C'est lui donner les moyens d'en sortir.
Le Fonds Entrepreneurial pour Enfants Défavorisés (FEED) peut y prendre sa part. Notre modèle, la rencontre du monde entrepreneurial et du secteur social, ouvre des portes concrètes : un stage, une première expérience, une formation, et parfois la confiance retrouvée.
Aucun jeune ne devrait être laissé au bord du chemin.
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