Avoir 18 ans signifie devenir majeur aux yeux de la loi. Cela ne signifie pas, du jour au lendemain, être autonome, disposer de quoi vivre, savoir gérer un logement, trouver un emploi ou construire seul son avenir.

Avoir 18 ans signifie devenir majeur aux yeux de la loi. Cela ne signifie pas, du jour au lendemain, être autonome, disposer de quoi vivre, savoir gérer un logement, trouver un emploi ou construire seul son avenir.

Pour les jeunes ayant connu un parcours de protection de la jeunesse, cette réalité peut prendre un tour brutal. A 18 ans, certains quittent leur lieu de vie sans diplôme, sans épargne, sans expérience professionnelle et, parfois, sans famille vers laquelle se tourner. Comment considérer qu'ils sont prêts à affronter seuls les exigences de la vie adulte ?

Les conséquences peuvent être lourdes : décrochage scolaire, isolement, conduites addictives, précarité, errance, voire sans-abrisme. Une transition qui devrait mener vers l'autonomie se transforme en rupture, dont les effets durent des années.

Le droit, ici, n'est pas muet, mais il est trop étroit. Le Code de la prévention, de l'aide à la jeunesse et de la protection de la jeunesse (décret du 18 janvier 2018) permet de prolonger l'aide au-delà de la majorité. Mais son article 35, § 4 pose trois verrous. La demande doit avoir été introduite avant dix-huit ans, l'aide ne peut consister qu'en une mesure d'accompagnement, et elle prend fin à vingt ans. Autrement dit, le jeune qui laisse passer cette échéance n'a aucun droit au retour.

Le même Code va pourtant plus loin ailleurs. Son article 51 autorise le tribunal à permettre à un jeune de plus de seize ans de se fixer dans une résidence autonome ou supervisée. Le principe d'un habitat accompagné est admis, mais il s'interrompt trop souvent quand le besoin culmine.

Les services d'Actions en Milieu Ouvert (AMO) jouent ici un rôle essentiel, au plus près des jeunes. Ces services de prévention spécifiquement agréés peuvent encore intervenir avant le vingt-deuxième anniversaire. Au-delà, le relais repose sur le droit commun et l'aide sociale de première ligne, notamment les CPAS.

Il est temps de considérer la majorité comme une étape juridique, non comme une frontière entre dépendance et autonomie. Le passage à l'âge adulte doit pouvoir être progressif et accompagné, et l'accès au logement, à la formation et à l'emploi doit s’inscrire dans un cadre de soutien éducatif et psychosocial.

Car à 18 ans, certains jeunes ont besoin d'un logement. D'autres d'un accompagnement renforcé. D'autres encore ont surtout besoin de ce que beaucoup croient acquis : un endroit où ils sont attendus, une personne à qui parler et la certitude de ne pas être seuls.

Avoir 18 ans ne devrait jamais signifier être livré à soi-même.

Deux pistes me paraissent devoir être explorées, l'une structurelle, l'autre immédiate. Je les détaillerai dans mes deux prochains messages.


Dans mon message précédent, je montrais où le droit s'arrête et où le besoin continue. Voici la première piste, la plus structurelle.

Pour ces jeunes majeurs sans lieu où retourner le soir ou le week-end, les familles relais sont une piste concrète. Le terme importe : il ne s'agit ni de reproduire un placement ni d'instituer un accueil familial au sens du Code, réservé aux mineurs sous mandat, mais d'un engagement volontaire entre adultes.

L'objectif ne serait pas de remplacer les professionnels, mais de proposer, sur la base du volontariat et dans un projet individualisé, un cadre familial stable : un logement, un quotidien partagé et, surtout, un point d'ancrage. L'accompagnement professionnel resterait indispensable.

Cette piste n'est pas une invention. Elle s'inspire de la résidence autonome ou supervisée que l'article 51 du Code prévoit pour certains mineurs. Un cadre plus proche existe : le parrainage, que l'arrêté du 27 mars 2019 définit comme un accueil bénévole, ponctuel ou régulier, dont les modalités incluent l'hébergement. L'encadrement y figure : casier judiciaire pour le parrain et pour toute personne majeure vivant sous le même toit, attestation médicale, assurance familiale. Il faudrait l'ouvrir aux jeunes majeurs sortant de placement, d'autant que le lien avec la famille de parrainage peut perdurer au-delà de la majorité.

Il faudrait y ajouter ce qui manque pour des majeurs : indemnisation, respect de l'intimité et des choix du jeune, possibilité de prolonger l'accueil qui fonctionne, plutôt que de recréer à vingt-cinq ans la rupture que l'on prétend éviter à dix-huit.

Reste un obstacle dont dépendra le sort de la formule. Un jeune hébergé chez des tiers risque d'être qualifié de cohabitant par le CPAS. Son revenu d'intégration passerait de EUR 1.340,47 à EUR 893,65 par mois, soit un tiers de moins. La qualification dépend de l'enquête sociale, mais le risque suffit à dissuader familles et jeunes. Il appartient au fédéral de régler cette question.

Un mécanisme existe pourtant : une personne sans abri hébergée temporairement chez un proche peut prétendre au taux isolé si un projet individualisé d'intégration sociale est conclu. L'étendre aux jeunes sortant de protection éviterait de les pénaliser. L'incidence budgétaire reste à évaluer.

Car devenir autonome ne signifie pas vivre seul. L'autonomie se construit aussi lorsqu'on est entouré, soutenu et sécurisé.

Rien de tout cela ne se construira sans les premiers concernés. Les jeunes sortis de placement parlent de leur parcours avec une lucidité qui devrait nous servir de boussole.

Dans mon prochain message, la seconde piste, qui ne demande presque rien de neuf.


Voici la seconde piste que j'annonçais, et elle ne demande presque rien de nouveau.

Ce qui prend fin à vingt ans, c'est l'aide individuelle prolongée, et non pas toute aide. Certains services de prévention agréés peuvent encore intervenir avant vingt-deux ans, et le droit commun prend le relais au-delà : CPAS, emploi, logement, santé. C'est la continuité du parcours qui manque, davantage que les dispositifs.

Comment peut-on assurer la continuité du parcours ?

D'abord, en désignant pour chaque jeune un référent de transition, en lien avec les services d’Actions en Milieu Ouvert (« AMO ») : une personne qui demeure présente lorsque les services changent, qui connaît son parcours et l'aide à franchir les différentes portes, celles du CPAS, du service public de l'emploi, du logement, de la formation ou de la santé. Une fonction de liaison, dont l'objet est de faire fonctionner les autres.

Ensuite, en garantissant une véritable continuité de l'accompagnement. A 18 ans, il faut prendre le temps de faire le point : où vit le jeune ? De quelles ressources dispose-t-il ? Quelle formation suit-il ? Quel emploi recherche-t-il ? De quel soutien a-t-il encore besoin ? Et surtout, qui sera là pour lui demain ?

Cette coordination ne dépend pas d'un seul niveau de pouvoir, et c'est là toute la difficulté. L'aide à la jeunesse relève des Communautés. Le revenu d'intégration et les CPAS relèvent du Fédéral. Le logement, l'emploi et la formation relèvent des Régions. Voilà pourquoi le problème ne réside pas toujours dans l'absence d'aide, mais dans le nombre de portes à pousser.

Alors posons-nous la bonne question : combien coûte l'accompagnement d'un jeune ? Mais surtout, combien coûte le fait de l'abandonner au mauvais moment ? Il ne s'agit pas de dépenser beaucoup plus, mais de dépenser mieux et plus tôt.

Donner à un jeune le temps de devenir autonome, ce n'est pas l'installer dans l'assistance. C'est lui donner les moyens d'en sortir.

Le Fonds Entrepreneurial pour Enfants Défavorisés (FEED) peut y prendre sa part. Notre modèle, la rencontre du monde entrepreneurial et du secteur social, ouvre des portes concrètes : un stage, une première expérience, une formation, et parfois la confiance retrouvée. Car l'entreprise peut elle aussi être un acteur de l'émancipation.

L'autonomie ne se décrète pas : elle se construit, progressivement, avec du soutien, de la stabilité et des perspectives.

Aucun jeune ne devrait être laissé au bord du chemin.

Cette ambition sera également au cœur de notre dîner annuel, le jeudi 3 décembre au Palais des Congrès de Liège : https://emailing.synchrone.be/t/t-e-wulujhd-jduihyudyu-b/. Je serai ravi de vous y accueillir. Le résultat financier qui résultera de cette soirée sera rétrocédé au centime près aux six services résidentiels que nous soutenons.

Le Fonds Entrepreneurial pour Enfants Défavorisés (FEED) a besoin de vous. Manifestez-vous, rejoignez-nous ! Voici le lien qui vous conduira à son site internet : https://www.feed-asbl.be/fr/.

There is nothing we can’t do when we do it together.

Messages rédigés par JT.

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